Varsovie - Neuvième soeur

Varsovie

VARSOVIE

La « Neuvième Soeur »

Dans un contexte de guerre froide, Staline décida au début des années 1950 que le peuple soviétique allait offrir l’une des « sœurs » de l’architecte Lev Roudnev au peuple polonais. C’est toute une symbolique architecturale  qui transparait à travers une réalisation tant imposante qu’imposée.

Quand, en  1992, la ville de Varsovie décide de retravailler la «Neuvième sœur ». La définition du projet, tout comme ses objectifs, demeure assez large : que faire du « cadeau » laissé par le régime soviétique ?

Comme l’illustre pleinement Kundera dans l’Ignorance : « C’est dans une absence totale d’espoir  que consiste le malheur des pays d’où nous venons.».  Il s’agira donc, non pas de « redonner espoir » au peuple polonais, mais bel et bien de créer les conditions architecturales d’un possible retour de celui-ci.

Le projet d’Equipage pour la tour, part d’un constat simple : cet édifice, plus encore que toute autre entité urbaine, tire sa personnalité et son essence de la manière dont les habitants la conçoivent et l’appréhendent. Or, s’intéresser à l’habitant c’est d’abord s’intéresser à celui qui, parce qu’il a vécu la dictature communiste, a toujours connu cette tour. On ne peut agir architecturalement avec la même brutalité que celle dont a su faire preuve l’occupant totalitaire. Par conséquent, il nous est rapidement apparu que la transformation du bâti devait procéder du long terme, permettant ainsi à chacun d’assimiler et de s’approprier la mutation de l’édifice.

Par ailleurs, pour le peuple dans son ensemble comme pour les individus, la souffrance (historique, personnelle…)  cristallisée dans le bâti est à ce point prégnante que l’image qui nous est immédiatement apparue, forme d’allégorie de l’édifice, est celle de la plaie. Béante, ouverte, et contagieuse, cette « plaie » reste malgré tout intime car attachée aux souffrances d’un peuple.

Dès lors, nous avions deux aspects à prendre en compte dans l’élaboration du projet: tout d’abord le constat d’une blessure urbaine dense et sévère, ensuite la nécessité d’une solution architecturale délicate et progressive. Ainsi, nous vînt l’idée suivante : pourquoi, avant même de « penser » le bâti à venir, ne pas tacher de « panser » l’existant. En effet, forme d’esthétique temporelle de la disparition, le pansement consiste en l’application douce d’un remède progressif. Architecturalement parlant, cela consiste à « habiller » la tour au fil des années, au gré des besoins urbains et humains de son environnement, jusqu’à sa complète disparition : d’abord visuelle, puis factuelle.

Sans que l’habitant n’ait pu prêter attention à son évanouissement, la « plaie » finira par être occultée du paysage urbain, ce fonction de l’exigence des années.